Le monde des médicaments change… Dites bonjour aux produits biologiques ultérieurs!

Le 22 décembre 2016

Formidable. Ce qualificatif décrit assurément bien les médicaments biologiques. D’une part, les médicaments biologiques sont formidables parce qu’ils représentent une nouvelle catégorie de produits ayant le potentiel d’améliorer la qualité de vie des patients aux prises avec certains problèmes de santé graves. D’autre part, la plupart des médicaments biologiques coûtent aussi formidablement cher.

Il y a heureusement de l’espoir sur ce plan dans le monde des médicaments, car quelques produits biologiques ultérieurs (PBU) ont fait leur apparition sur le marché canadien et de nombreux autres le feront. Également appelés « produits biosimilaires » et « produits biologiques de suivi », les PBU offrent le potentiel de produire les mêmes résultats formidables en matière de santé que les médicaments biologiques, à un coût nettement moindre.

L’arrivée sur le marché des PBU est prometteuse, mais tout changement positif peut être déconcertant, de sorte que nous allons brosser un tableau du monde actuel des médicaments sous l’angle des PBU.

Les tendances de l’industrie pharmaceutique

Le nombre de médicaments pour le traitement de maladies rares augmente sans cesse. De plus en plus, ces percées sont possibles grâce au développement d’une catégorie de produits appelés médicaments biologiques. Aujourd’hui, nous assistons également à la mise en marché de médicaments biologiques pour traiter des problèmes de santé plus répandus comme l’hypercholestérolémie et l’asthme. Par exemple, de nouveaux inhibiteurs de PCSK9 peuvent maintenant réduire le taux de cholestérol de 70 %1. Un grand nombre d’autres médicaments biologiques efficaces sont en voie d’être commercialisés.

Comme nous le savons, cependant, le caractère unique et la grande efficacité des médicaments biologiques ont un coût, et ce coût est très élevé. Cela crée une situation particulièrement délicate pour les promoteurs de régime, qui s’efforcent à la fois d’offrir aux membres de leur régime les meilleurs traitements que les avancées de la pharmacologie permettent de produire, et de gérer efficacement les coûts actuels et futurs des régimes, sachant que les médicaments sont appelés à devenir beaucoup plus coûteux.

Coûts

Au cours de la prochaine décennie, les médicaments biologiques devraient représenter plus de 20 %2 du marché des produits pharmaceutiques; leurs coûts pèseront sur les régimes de remboursement des médicaments, mais l’avènement des PBU offre une lueur d’espoir. Comme le brevet de divers médicaments biologiques est arrivé à expiration, nous observons l’apparition de nouveaux PBU sur le marché. Au Canada, d’ici à 2020, de nombreux médicaments3 arriveront au terme de leur période de brevet; ainsi, plusieurs fabricants pharmaceutiques mondiaux sont à développer, ou voient là l’occasion de développer, de nouveaux PBU.

Qu’est-ce que cela signifie réellement du point de vue de la compression des coûts? En raison de la complexité des processus de développement, de fabrication et d’essai des médicaments biologiques de même que des exigences strictes des organismes de réglementation, l’écart de prix en pourcentage entre un PBU et le médicament biologique d’origine ne sera pas aussi prononcé que l’écart de prix entre un médicament générique et son équivalent de marque. Des experts prévoient toutefois d’autres économies substantielles, en se fondant sur l’expérience de quelques pays d’Europe où les PBU peuvent coûter beaucoup moins cher que les médicaments d’origine. Jusqu’à maintenant, sur le marché canadien, l’utilisation de PBU permet de réaliser des économies notables. Par exemple, le PBU Infectra coûte 47 %4 moins cher que le médicament biologique d’origine Remicade. De même, le PBU Brenzys, dont l’apparition sur le marché canadien est récente, coûte 25 %5 moins cher que le médicament biologique d’origine, Enbrel. Le coût annuel moyen des médicaments biologiques d’origine peut varier de 1 500 $ environ, dans le cas de Lantus, à 20 000 $ ou 30 000 $, dans le cas de médicaments comme Enbrel et Remicade. Vu que le coût annuel des médicaments biologiques utilisés dans un groupe d’employés pourrait atteindre des centaines de milliers de dollars, les économies permises par les PBU sont d’une importance capitale pour les régimes de soins de santé6.

L’arrivée sur le marché canadien d’un nombre accru de PBU se traduit par une offre de traitements médicamenteux aussi efficaces pour les membres du régime et des coûts moindres pour votre régime, ce dont personne ne se plaindra.

Innocuité

L’utilisation des PBU est beaucoup plus avancée dans l’Union européenne (UE) qu’en Amérique du Nord, mais le rythme et le degré de leur utilisation varient entre les pays de l’UE. Selon des spécialistes, cela tient à un certain nombre de facteurs, par exemple, les disparités que présentent les politiques de remboursement et la tarification locales. De plus, il se peut que les médecins soient réticents à prescrire des PBU faute de connaître ces produits et d’y être sensibilisés de manière générale, et faute d’être renseignés en particulier sur leur innocuité par rapport à celle des médicaments biologiques d’origine. Bien que l’approbation des PBU soit assujettie aux mêmes normes que les médicaments biologiques d’origine, les inquiétudes persistent chez certains.

Cela met en lumière la nécessité de renforcer la sensibilisation. Nous vivons heureusement dans un petit monde de sorte que la sensibilisation des médecins transcende les frontières. Les médecins d’Amérique du Nord apprennent à connaître les PBU grâce à l’expérience de leurs homologues européens. De ce fait, les médecins nord-américains ont peut-être une meilleure connaissance des PBU que leurs confrères européens n’en avaient avant l’avènement de ces produits en Europe.

Et, comme cela est toujours le cas, les connaissances et la sensibilisation des médecins s’appuient largement sur des données scientifiques probantes. Or, des données probantes indiquent clairement que les PBU ne sont pas identiques aux médicaments biologiques d’origine et que ce sont des « biogénériques ». Les fabricants du médicament innovateur ne sont pas tenus de communiquer leur formule originale, et il est donc difficile de produire une copie stricte du médicament innovateur.

Dans les faits, cependant, même la formulation du médicament biologique d’origine change à maintes reprises au cours de son cycle de vie, ce qui a essentiellement pour effet de créer chaque fois un médicament légèrement différent. Ce phénomène, appelé « dérive de fabrication », se produit lorsqu’un nouveau lot d’un médicament biologique est formulé et que des ajustements sont apportés à sa fabrication. Ces ajustements sont effectués à l’intérieur de certaines limites et ne sont pas assez importants pour que le médicament biologique fasse l’objet de nouveaux essais. Il en résulte qu’un médicament biologique d’origine fabriqué aujourd’hui différera naturellement du même médicament d’origine produit il y a plusieurs années par la même société. Il est admis que la variabilité est inhérente au processus de production des médicaments biologiques et des PBU, dans la mesure où leur efficacité thérapeutique reste constante.

Par conséquent, tout comme un PBU présente « des similitudes avec le médicament biologique d’origine, mais n’en est pas la copie identique », un médicament biologique d’origine et les tout nouveaux lots de ce médicament biologique peuvent, avec le temps, présenter des similitudes moins – ou plus – grandes.

De ce fait, les médecins prescripteurs vont également se tourner vers les organismes de réglementation pour éclairer leurs décisions. Voici, par exemple, la position actuelle de Santé Canada : « Santé Canada n’est pas favorable à la substitution automatique d’un produit biologique ultérieur par son médicament biologique de référence et recommande que les médecins ne prennent que des décisions parfaitement éclairées concernant l’interchangeabilité thérapeutique».

Outre le fait que cette ligne directrice apaise les inquiétudes quant à l’innocuité des PBU, les médecins prescripteurs seront incités à utiliser ces produits parce que les politiques de remboursement préconisent leur utilisation.

Politiques de remboursement

La réticence des payeurs de services des secteurs tant public que privé à accorder un statut privilégié aux PBU dans les structures des régimes (en acceptant les remboursements jusqu’à concurrence du prix du PBU, et non du médicament d’origine) fait obstacle à la prescription des PBU et, partant, a un effet dissuasif sur la création d’un marché viable des PBU au Canada, alors que ce marché fait cruellement défaut. Aussi longtemps que les médicaments biologiques d’origine seront remboursés par les régimes, les médecins seront moins enclins, à court terme, à changer leurs pratiques de prescription, ce qui aura un impact sur la viabilité du marché des PBU et les économies potentielles.

Les payeurs de services des secteurs tant privé que public sont appelés à établir des politiques de remboursement des PBU adéquates. Prenant position, l’Alliance pancanadienne pharmaceutique (APP) – anciennement le Processus compétitif d’appel d’offres provincial et territorial visant les médicaments génériques, qui est maintenant désigné collectivement par le sigle APP – a publié un document intitulé Principes fondamentaux pour les produits biologiques ultérieurs (PBU) le 1er avril 2016.

Voici un extrait du libellé des principes : «Conformément à son mandat qui suppose entre autres d’accroître l’accès pour les patients à des médicaments efficaces et rentables, l’APP favorisera un environnement concurrentiel qui inclura la croissance du marché des PBU, entraînera une baisse des coûts à long terme et assurera la viabilité des régimes publics d’assurance médicaments11 ». En agissant comme organe centralisateur et principal, l’APP fournit un cadre de référence pour l’adoption des PBU par les autres régimes provinciaux. Infectra, qui a été négocié par l’APP et est maintenant offert par différents régimes publics à l’échelle du Canada à 47 % du prix de Remicade, en est un exemple.

Les régimes privés emboîteront-ils le pas? Plutôt que d’appuyer l’utilisation des PBU, certains assureurs concluent des ententes – appelées ententes d’inscription – avec des fabricants de médicaments biologiques d’origine afin de pouvoir offrir aux promoteurs de régimes des médicaments biologiques d’origine à des prix avantageux.

GSC estime que ces ententes dénotent une vision à court terme. Certes, les ententes d’inscription font actuellement baisser le coût des médicaments biologiques, mais les gains qui en résultent peuvent être néfastes à long terme pour les PBU qui, faute d’avoir un statut privilégié dans les régimes de remboursement des médicaments, risquent de ne pas être utilisés suffisamment pour qu’un marché viable des PBU se mette en place au Canada. En l’absence d’un marché viable, les fabricants ne trouveront peut-être pas avantageux de lancer de nouveaux PBU au Canada.

Globalement, cela se traduira pour les membres de régime par une diminution des options leur donnant accès aux médicaments dont ils ont besoin puisque tous les médicaments offerts coûteront très cher, même si l’on tient compte des réductions de prix des médicaments biologiques accordées dans le cadre d’ententes. De plus, la transparence entourant les ententes d’inscription reste préoccupante. On ne connaît pas la teneur exacte des clauses financières des ententes et on ne sait pas si les économies réalisées se répercutent entièrement sur les promoteurs de régime ni quels sont les mécanismes en jeu. Plus précisément, les promoteurs de régime sont-ils privés d’une partie des économies réalisées que les assureurs s’approprient? Comment les économies associées aux ententes d’inscription relatives aux médicaments sont-elles comptabilisées dans la tarification de l’excédent de pertes? En quoi consistent les mécanismes prévus pour assurer la viabilité des économies après l’expiration d’une entente relative à un médicament d’origine? Voilà des questions pour lesquelles les réponses ne sont pas claires dans l’immédiat.

L’inscription des PBU à titre de médicaments privilégiés sur les listes présente un triple avantage : 1) elle assure un transfert maximal et transparent des économies directement aux promoteurs de régime; 2) elle procure aux membres de régime des options additionnelles; 3) elle favorise l’expansion et le renforcement du marché des PBU au Canada.

GSC est l’un des premiers grands assureurs du Canada à avoir obtenu l’inscription du PBU Infectra comme produit privilégié pour les membres de régime auxquels le médicament anti-inflammatoire Remicade est prescrit pour la première fois. Les explications données par notre chef de la stratégie pharmaceutique, Ned Pojskic, pour mettre en contexte la décision de GSC ont récemment été reprises : « Notre principe fondamental est d’assurer la sécurité des membres de régime, et nous saluons sans réserve l’arrivée des PBU sur le marché, car ce sont de nouveaux produits d’une grande utilité12 ». Selon notre habitude, nous avions vérifié les preuves scientifiques, qui démontrent clairement qu’Infectra présente une innocuité et une efficacité comparables à celles de Remicade.

En somme, il s’agit de gérer le changement

L’accès aux PBU va-t-il augmenter ou diminuer? Les PBU représentent une occasion à ne pas rater, mais le marché canadien est relativement modeste. Pour que les fabricants de PBU soient incités à lancer ces produits au Canada, leur adoption devra être rapide et continue. En fin de compte, si nous voulons avoir un meilleur accès aux PBU, nous devons gérer efficacement le changement. Notre capacité de tirer parti des avantages des PBU dépendra pour une large part de notre volonté d’adopter des politiques de remboursement qui encouragent leur utilisation. Comme le veut l’adage, « si on ne change rien, rien ne changera ».

Sources :

1 PCSK9 Inhibitors for LDL Cholesterol Reduction: Emerging Clinical Perspectives, Consultant Volume 56 – Issue 4, B. Alan Bottenberg, Michael J. Bloch, le 8 avril 2016. Consulté en novembre 2016 : http://www.consultant360.com/articles/pcsk9-inhibitors-ldl-cholesterol-reduction-emerging-clinical-perspectives

2, 3 Produits biologiques ultérieurs — Tendances émergentes dans la réglementation et les cadres d’évaluation technologique, ACMTS – Rapports, Numéro 43, le 9 janvier 2014. Consulté en novembre 2016 : https://www.cadth.ca/fr/produits-biologiques-ulterieurs-tendances-emergentes-dans-la-reglementation-et-les-cadres

4, 5, 6, Données de GSC et Rapport sur la situation du marché : Modificateurs de la réponse biologique, 2015, Conseil d’examen du prix des médicaments brevetés, octobre 2015. Consulté en novembre 2016 :http://www.pmprb-cepmb.gc.ca/view.asp?ccid=1286&lang=fr

7, 12 Five things you need to know about biosimilars, Benefits Canada Special Report, Karen Welds, le 7 décembre 2015. Consulté en novembre 2016 : http://www.benefitscanada.com/partner-education/5-things-you-need-to-know-about-biosimilars-74507

8 Questions et réponses accompagnant la ligne directrice finale à l’intention des promoteurs : Exigences en matière de renseignements et de présentation relative aux produits biologiques ultérieurs, Santé Canada, Médicaments et produits de santé – Question 15. Consulté en novembre 2016 : http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/brgtherap/applic-demande/guides/seb-pbu/01-2010-seb-pbu-qa-qr-fra.php

9 Biosimilar Infliximab (CT-P13) Is Not Inferior to Originator Infliximab: Results from a 52-Week Randomized Switch Trial in Norway, American College of Rheumatology, Abstract Number 19L. Consulté en novembre 2016 : http://acrabstracts.org/abstract/biosimilar-infliximab-ct-p13-is-not-inferior-to-originator-infliximab-results-from-a-52-week-randomized-switch-trial-in-norway/

10 The Danish nationwide clinical register for patients with rheumatoid arthritis: DANBIO, US National Library of Medicine National Institutes of Health, Else Helene Ibfelt, Dorte Vendelbo Jensen et Merete Lund Hetland, le 25 octobre 2016. Consulté en novembre 2016 : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5094524/et Inflammatory Arthritis Stable After Switch to Biosimilar, Medscape, Pam Harrison, le 13 juin 2016. Consulté en novembre 2016 : http://www.medscape.com/viewarticle/864733 et DANBIO – powerful research database and electronic patient record, Rheumatology, Merete Lund Hetland, 14 avril 2010. Consulté en novembre 2016 : http://rheumatology.oxfordjournals.org/content/50/1/69.long

11 Principes fondamentaux pour les produits biologiques ultérieurs (PBU), Alliance pancanadienne pharmaceutique, le 1er avril 2016. Consulté en novembre 2016 : http://www.pmprovincesterritoires.ca/phocadownload/pcpa/2016/fr-seb_first_principles_20160401_2.pdf