Un créateur de changement STEPHEN FRANK, vice-président, Élaboration des politiques et Maladie, Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes

Le 4 janvier 2016

Le début de l’année est un moment propice pour prendre position sur des questions fondamentales et faire résolument progresser le secteur des régimes de garanties en 2016. Or qui, mieux que l’Association canadienne des compagnies d’assurance de personnes (ACCAP), est en mesure de prendre position? Fondée en 1984 en tant qu’association professionnelle bénévole sans but lucratif, l’ACCAP représente aujourd’hui rien de moins que 99 % des compagnies d’assurances de personnes. L’ACCAP est le porte-parole par excellence des assureurs de personnes, et puisque les promoteurs de régime et les conseillers de régime ne sont pas représentés par un organisme unificateur dans le domaine des garanties de soins de santé, l’ACCAP est, dans les faits, leur seul et unique porte-voix pour tout ce qui concerne, de près ou de loin, les assurances de personnes. Il appartient à l’ACCAP de prendre la parole en notre nom.

Ce qui nous amène à présenter le premier créateur de changement de 2016 : Stephen Frank. Nous avions déjà eu l’occasion de nous entretenir avec le vice-président, Élaboration des politiques et Maladie de l’ACCAP, qui est l’un de nos interlocuteurs les plus écoutés. Nous avons retenu de notre entretien avec lui que Stephen et son association prennent position, ayant à l’esprit la protection de nos intérêts à tous. Voici un scoop ou plutôt, devrions-nous dire, le fond de l’histoire…

Prendre position

POUR S’ATTAQUER À NOTRE PRINCIPAL PROBLÈME

Comme Stephen l’explique, et cela n’est pas une surprise, le principal défi que notre secteur est appelé à relever – aujourd’hui et dans un avenir prévisible – est le coût élevé des nouveaux médicaments qui font, ou feront, leur apparition sur le marché. Stephen observe que même si la plupart des promoteurs de régime reconnaissent le bien-fondé d’offrir des garanties de soins de santé, les médicaments coûteux menacent particulièrement la viabilité des régimes de garanties. Cependant, comme les promoteurs et conseillers de régime ne sont pas représentés par un organisme unificateur dans le domaine des garanties de soins de santé, il appartient à l’ACCAP de se faire entendre en tant que seul et unique porte-parole de toutes les parties en cause. Que fait l’ACCAP à ce propos? Stephen prend position. Voici comment :

Société canadienne de mutualisation en assurance
médicaments

Comme notre secteur au grand complet est touché par le problème des médicaments coûteux, Stephen estime que les assureurs de personnes devraient faire bloc pour contrer cette menace. C’est précisément ce qu’a fait l’ACCAP en devenant le principal artisan de la première entente nationale de mutualisation volontaire, qui régit la mise en commun des coûts des traitements pharmacologiques très coûteux et récurrents, sous l’égide de la Société canadienne de mutualisation en assurance médicaments (SCMAM). La raison d’être de la SCMAM est de procurer aux membres des régimes les traitements pharmacologiques coûteux dont ils ont besoin tout en protégeant les régimes de remboursement des médicaments privés de petite et moyenne taille contre l’impact financier des médicaments onéreux.

Quoique la SCMAM ne puisse, à elle seule, résoudre le problème des médicaments coûteux, si ce n’était d’elle, de nombreux promoteurs de régime auraient du mal à offrir aux membres des régimes l’accès aux médicaments sur ordonnance dont ils ont besoin pour soigner des affections rares et, souvent, mortelles. De plus, sans la protection que leur procure la SCMAM, de nombreux promoteurs de régime de petite et moyenne taille ne pourraient peut-être pas encaisser le coup financier que provoquerait la moindre demande de règlement récurrente pour un traitement pharmacologique à coût élevé.

La SCMAM offre à notre secteur une toute nouvelle manière de relever ces défis. Elle montre que concurrence et collaboration peuvent aller de pair. Certes, chacun des membres de l’ACCAP doit veiller à maintenir sa compétitivité et se démarquer, mais le secteur peut aussi faire front commun. La concertation permet aux entreprises du secteur d’accomplir des choses dont elles seraient tout simplement incapables en agissant isolément, des réalisations qui, en définitive, seront profitables pour tous, fournisseurs de garanties, promoteurs et conseillers de régime confondus.

L’achat groupé de médicaments

Au cours des dix dernières années, les coûts des médicaments dans le secteur des régimes de garanties ont enregistré de modestes taux de croissance grâce, essentiellement, à certains médicaments vedettes dont les brevets sont arrivés à échéance et la mise en marché de nouveaux médicaments génériques. Cette conjonction inhabituelle de facteurs est, pour une large part, chose du passé, et un nombre croissant de médicaments coûteux continue d’affluer sur le marché. Stephen affirme que l’ACCAP mènera la bataille pour que les Canadiens aient accès aux prix les plus bas possible de ces nouveaux médicaments et que tous les Canadiens, où qu’ils soient – ou indépendamment du fait qu’ils sont remboursés par le secteur public ou le secteur privé – obtiennent les mêmes médicaments aux mêmes prix.

L’une des priorités de l’ACCAP sera de prendre position en vue d’instaurer une collaboration qui permettrait au Canada de mettre pleinement à profit son pouvoir d’achat pour négocier des prix plus abordables pour tous. S’il est clair que l’achat groupé permettra de réaliser des économies substantielles, Stephen fait une mise en garde : ce changement passe obligatoirement par une collaboration accrue entre les secteurs public et privé.

En ce qui concerne les médicaments onéreux, l’ACCAP continuera d’appuyer la SCMAM et faire pression en faveur de l’adoption d’une stratégie nationale ciblant expressément les médicaments orphelins très rares. Stephen estime que, comme dans le cas des médicaments peu coûteux, la réforme des protections offertes pour les médicaments à coût élevé nécessite la collaboration de toutes les parties prenantes : pouvoirs publics, sociétés pharmaceutiques, régimes privés et groupes de patients.

Norme nationale d’accès aux médicaments biologiques pour le traitement de l’arthrite rhumatoïde

Au début de 2015, nous avons observé un bel exemple de collaboration : les patients et les médecins avaient souvent du mal à s’y retrouver dans le remboursement des médicaments biologiques pour le traitement de l’arthrite rhumatoïde, dans les cas où les niveaux d’accès différaient selon la couverture. Stephen explique comment l’ACCAP a représenté les assureurs pour instaurer une collaboration entre la Société canadienne de rhumatologie, l’Ontario Rheumatology Association et les rhumatologues de toutes les régions du Canada.

Ses efforts ont abouti à la mise en place d’une norme nationale régissant l’accès aux médicaments biologiques pour les patients adultes atteints d’arthrite rhumatoïde qui sont membres de régimes d’assurance privés. Cela signifie qu’à moins qu’un promoteur de régime n’en dispose autrement, les assureurs privés de tout le Canada devront répondre à une série de critères standard en matière d’accès aux médicaments biologiques destinés au traitement de l’arthrite rhumatoïde chez les adultes, ce qui représente une victoire de la transparence dont les membres des régimes et les médecins prescripteurs se réjouiront.

Les traitements qui peuvent sauver des vies : Une pilule dure à avaler pour les régimes de soins de santé

Comme nous l’avons observé dans les numéros d’hiver 2014 et d’automne 2015 de notre bulletin Perspective sur les prescriptions, les nouveaux médicaments qui sont maintenant offerts sur le marché pour traiter l’hépatite C sont providentiels. Les taux de guérison qu’on leur attribue sont nettement supérieurs à ceux des autres médicaments pour l’hépatite C. Il y a cependant un prix à payer, un prix faramineux. Comme les traitements au Sovaldi et à l’Harvoni peuvent coûter jusqu’à 150 000 $ (ou plus encore), ces médicaments font dès à présent problème tant pour le système de soins de santé que pour les régimes de remboursement des médicaments du Canada. Il ne faut pas s’attendre à ce que ce problème soit résolu de sitôt, car de plus en plus de patients reçoivent un diagnostic d’hépatite C et sont traités pour cette maladie. Et il n’y a aucun espoir de répit parce que d’autres médicaments onéreux pour le traitement de l’hépatite C sont mis en marché. Il y a d’abord eu le Sovaldi, puis l’Harvoni et, plus récemment, l’Holkira Pak.

En 2016, ce sera au tour du Daklinza de faire son apparition.

Prendre position pour préparer l’avenir sur de nombreux
fronts

Il est clair que l’ACCAP a voix au chapitre dans la lutte engagée pour assurer la viabilité des régimes de remboursement des médicaments, dans le contexte de l’apparition de médicaments coûteux. Cependant, comme Stephen le précise, bien que les médicaments onéreux représentent de loin la menace la plus redoutable pour les assureurs, d’autres problèmes cruciaux doivent retenir leur attention. S’il s’agit d’un enjeu qui interpelle les entreprises de notre secteur et, partant, les promoteurs et conseillers de régime, il est aussi un motif de préoccupation pour l’ACCAP.

En 2016, par exemple, l’ACCAP s’attaquera à la question de la prévention de la fraude. Les fraudeurs sont de plus en plus astucieux, et les stratagèmes auxquels ils ont recours pour abuser des régimes de garanties sont de plus en plus complexes. Bien que les stratégies traditionnelles de lutte contre la fraude soient efficaces, l’équipe de Stephen fera la promotion auprès des assureurs de moyens innovateurs de collaborer pour déjouer les fraudeurs de demain.

L’ACCAP encourage, entre autres, les assureurs à envisager la mise en commun de leurs données sur les demandes de règlement pour dégager des tendances qu’il peut être difficile de cerner pour des assureurs qui agissent seuls. Certains schémas suspects en matière de demandes de règlement ne peuvent être décelés que par l’analyse d’une masse de données sur les sinistres, car les réseaux organisés de fraudeurs sont devenus tellement sophistiqués qu’ils ciblent habilement de nombreux assureurs pour que leurs méfaits passent inaperçus. « Aucun assureur qui agit seul n’a accès à la masse de données nécessaire pour détecter la fraude à ce niveau. La collaboration sectorielle peut aider les assureurs à relever ce défi, en mettant en commun toutes les données sur les demandes de règlement », explique Stephen.

L’image du secteur est un autre enjeu prioritaire pour l’ACCAP, et un problème qu’elle s’emploie constamment à résoudre. Comme Stephen l’observe, « pour gérer efficacement notre réputation, il est essentiel de sensibiliser tout le monde pour que notre raison d’être soit comprise ». Le public et les médias, de même que les gouvernements et les autres parties prenantes telles que les groupes paramédicaux, associations dentaires et organisations pharmaceutiques doivent vraiment comprendre la nature de nos activités. Cela aidera notre secteur à renforcer sa notoriété dans les périodes fastes et à la protéger dans les périodes néfastes. À titre d’exemple, Stephen cite une série d’initiatives de sensibilisation que l’ACCAP a prises pour aider ses membres à éveiller les membres des régimes à la littératie financière et la santé mentale.

Un autre exemple illustrant la manière dont l’ACCAP prend position en permanence : elle défend les droits des assureurs auprès des administrations fédérale et provinciales. Cela peut prendre plusieurs formes : parfois, l’ACCAP porte proactivement des enjeux à la connaissance du gouvernement au nom des entreprises de notre secteur; dans d’autres cas, elle réagit aux enjeux que le gouvernement a décidé d’aborder. Dans ce dialogue, l’ACCAP est en mesure de diriger efficacement le changement en se faisant le seul et unique porte-parole du secteur et, par extension, des promoteurs et conseillers de régime.

En fait, la philosophie de Stephen quant à l’importance d’adopter une approche bilatérale et d’avoir un seul et unique porte-parole vaut pour toutes les parties prenantes du secteur des assurances de personnes. De multiples groupes sectoriels – groupes paramédicaux, associations dentaires et associations de pharmaciens, par exemple – s’adressent à l’ACCAP, et à elle seule, non seulement pour faire entendre leurs points de vue, mais également pour entendre ceux des assureurs de personnes.

Faire bouger les choses

Le début d’une nouvelle année est propice aux nouveaux départs. À en juger par ce que nous avons appris, l’ACCAP mènera la bataille pour nous représenter, tous autant que nous sommes et d’une seule voix, et faire avancer les choses dans la bonne direction, c’est-à-dire compte tenu des intérêts de toutes les parties. Comme Stephen et son équipe seront à la barre, nous pouvons nous attendre à ce que 2016 se déroule sous le signe du progrès.