Tout le monde a besoin d’une main secourable… Surtout pour faire face à des maladies chroniques.

Le 4 mars 2016

Lorsqu’il faut modifier son mode de vie pour prévenir ou gérer une maladie chronique, la plupart d’entre nous connaissent la chanson. Nous savons ce qu’il faut faire, mais la difficulté est de le faire. Les spécialistes conviennent que la probabilité qu’un changement de comportement soit durable est plus forte quand la personne s’est motivée elle-même et a une attitude positive. Mais comment au juste les membres du régime peuvent-ils se motiver et acquérir une attitude positive? Comme nous l’avons mentionné (à quelques reprises), les membres du régime ont peut-être besoin d’encouragements pour apprendre à se prendre en mains. Il est malheureusement rare, vu la situation du système de santé depuis des dizaines d’années, que les malades chroniques reçoivent cet encouragement.

Le médecin peut aider…jusqu’à un certain point

Nous en déduisons que le Canada fait piètre figure dans la prévention et la gestion des maladies chroniques. Les résultats sont médiocres, et l’on prévoit que la situation ira en se détériorant. Si le médecin de famille est la personne-ressource que les membres du régime consultent en premier lieu pour prévenir et gérer des maladies chroniques, il ne devrait
vraisemblablement pas être leur dernier contact. Pour transformer leur mode de vie, les membres du régime doivent adopter une méthode structurée qui exige plus de temps et fait appel à la sensibilisation, à la motivation et à un suivi. Or, selon le modèle médecin-patient traditionnel, le médecin se borne à dire quoi faire – son rôle est centré sur le traitement de la maladie – plutôt que d’aider vraiment le patient à changer de comportement. De plus, le système a tendance à être réactif plutôt que préventif.

Un encouragement sous forme d’encadrement en santé

Des études montrent également que la sensibilisation à la santé seule – tout comme la sensibilisation combinée au soutien des pairs – n’est généralement pas garante d’un changement de comportement durable. Toutefois, la sensibilisation combinée à un soutien sous forme d’encadrement visant à renforcer la confiance du patient et à le rendre plus apte à gérer sa maladie et à se fixer des objectifs réalistes peut être nettement plus efficace que la sensibilisation seule. Cela tient peut-être au fait que dans l’encadrement en santé, il est essentiel d’inculquer les principes de la prise en charge individuelle, soit l’élément qui s’est révélé indispensable à un changement de comportement cohérent et durable. Comme cette expression le laisse entendre, l’encadrement en santé est le processus par lequel un professionnel de la santé, pas forcément un médecin :

  • aide les patients à atteindre leurs objectifs en matière de santé – qu’il s’agisse de prévention ou de gestion – en les motivant et en les encourageant à prendre leurs progrès en main;
  • accorde son soutien à chacune des étapes, allant de l’établissement d’objectifs réalistes et la résolution des problèmes à l’obtention d’un suivi permanent;
  • a recours à diverses méthodes pour soutenir les patients; il est démontré que l’encadrement par téléphone et sur Internet est non seulement aussi efficace, mais aussi beaucoup plus économique, que l’accompagnement en personne.

Le résultat est le même, qu’il s’agisse d’encadrement ou d’encouragement : les membres du régime apprennent à se motiver eux-mêmes. De plus, l’accessibilité de l’encadrement en santé s’améliore. Une foule de professionnels de la santé – pharmaciens, nutritionnistes, personnel infirmier et physiologistes de l’exercice – interviennent de plus en plus dans divers contextes.

L’encadrement en santé est à notre portée... à la pharmacie

Nous avions décidé de descendre dans la rue pour recueillir des témoignages de première main sur l’encadrement en santé.
En fait, nous n’avons pas eu besoin d’aller bien loin puisque nous n’avons même pas mis le nez dehors, car nous avons d’abord rencontré le chef de la stratégie pharmaceutique de GSC, Ned Pojskic.

Avant de faire partie de l’équipe de GSC, Ned avait travaillé à l’Ontario Pharmacist Association (OPA) et avait dirigé une étude menée en partenariat avec GSC pour examiner l’impact d’un programme de gestion de l’hypertension par les pharmaciens. Si cela vous dit quelque chose, c’est que nous avons déjà fait état de cette étude dans Le fond de l’histoire.

En ce qui concerne l’impact de l’encadrement en santé des pharmaciens dont l’étude a rendu compte, Ned explique : « L’étude de l’OPA et de GSC présente plusieurs résultats positifs selon lesquels, par exemple, le soutien des pharmaciens peut améliorer l’observance thérapeutique et la pharmacie est le point de convergence naturel de diverses activités liées à la gestion des maladies. Les gens vont à la pharmacie pour obtenir des médicaments d’ordonnance, et la suite logique est que le pharmacien aborde avec eux la gestion de leurs problèmes de santé. Les interactions qui ont lieu à la pharmacie permettent aussi au pharmacien de promouvoir la prévention des maladies par des mesures telles que la vaccination. Comme nous le savons, il est fréquent qu’une maladie chronique s’accompagne rapidement d’une autre affection chronique de sorte que si le pharmacien peut aider des patients à contrôler leur pression artérielle, il peut également contribuer à réduire l’incidence des problèmes cardiovasculaires et du diabète ».

Cependant, la profession de pharmacien est actuellement en profonde mutation parce qu’elle délaisse son rôle de fournisseur de produits au profit de celui de prestataire de services. Certains de ces changements exercent une énorme pression sur le modèle traditionnel d’exercice de la profession, ce qui engendre des problèmes additionnels de délais et de ressources liés à la prestation des nouveaux services comme l’encadrement en santé. D’ici à ce que cette transition professionnelle soit achevée, les pharmacies continueront sans doute à avoir du mal à offrir ces services à tous les patients qui pourraient en bénéficier.

En dépit de certaines de ces difficultés, Ned estime que le soutien des pharmaciens est aujourd’hui plus nécessaire que jamais : « Bien que l’utilité du rôle des pharmaciens dans la gestion des maladies – l’hypertension, l’asthme, le diabète et l’hypercholestérolémie – soit attestée depuis plus de 30 ans, la valeur et l’incidence de ces services sont beaucoup plus reconnues depuis quelques années par les payeurs des secteurs tant public que privé. Cela s’explique en partie par le fait que tous les éléments qui concourent à une tempête parfaite – le vieillissement de la population, l’incidence croissante des maladies chroniques, les contraintes imposées aux médecins, l’intensification des pressions de toutes sortes exercées sur le système de
soins de santé, le marché de plus en plus complexe des médicaments – sont réunis pour forcer le système de soins de santé à changer. Le changement s’impose ».

Le soutien des pharmaciens est-il la voie de l’avenir ou une vogue passagère?

Les interlocuteurs les mieux placés pour répondre à cette question sont certainement ceux qui forment les pharmaciens. Nous sommes donc entrés en contact avec David Edwards, directeur Hallman de l’École de pharmacie de l’Université de Waterloo.

Fondée en 2008, l’École de pharmacie de l’Université de Waterloo est relativement jeune, ce qui, selon David, constitue un atout : « Nous avons la capacité d’entrevoir ce que sera l’avenir et d’adapter continuellement notre programme en conséquence ». David poursuit en expliquant qu’une facette importante de la profession consistera à reconnaître que « le rôle du pharmacien va bien au-delà de la remise de médicaments, car le pharmacien est le spécialiste de la gestion thérapeutique dans le système des soins de santé. À ce titre, le pharmacien a un rôle très important à jouer dans la prévention et la gestion des maladies chroniques ». Tout comme Ned, David est d’avis que l’encadrement en santé représente un volet important de ce rôle et qu’il est là pour rester et gagner en importance.

Comme elle reconnaît l’impact que les pharmaciens peuvent avoir par l’encadrement en santé, l’Université de Waterloo est appelée à être un chef de file. L’École de pharmacie intègre des éléments de l’encadrement en santé dans son programme d’enseignement. Les étudiants en pharmacie apprennent comment aider les patients à comprendre leur état, à établir des objectifs réalistes et à surmonter les obstacles.

Quelle est la prochaine étape? Ned et David entrevoient que le pharmacien de demain continuera d’interagir avec le patient en ayant recours à de nouveaux moyens pour accorder encore plus d’importance au patient. Pour ce faire, il faudra toutefois établir un modèle d’affaires qui permette aux pharmaciens d’offrir des services cognitifs additionnels et d’être rémunérés pour leur temps et leur savoir-faire.

Après la pharmacie, au tour de l’épicerie

Notre enquête nous a ensuite menés dans un supermarché où nous avons rencontré un autre type de professionnel de la santé qui joue un rôle actif d’encadrement en santé dans la collectivité. Il y a cinq ans, Les Compagnies Loblaw limitée ont lancé une gamme de services de diététique de même que le programme de notation nutritionnelle Guide-étoiles, qui attribue jusqu’à trois étoiles aux aliments les plus nutritifs. Les magasins Loblaw comptent aujourd’hui 69 nutritionnistes à l’échelle du Canada.

Alexis Williams, directrice principale – Bien-être, Compagnies Loblaw limitée, explique qu’un large éventail de services de diététique sont offerts aux personnes de tous les âges qui se préoccupent de leur alimentation. Par exemple, les membres du régime pourraient s’inscrire à une visite commentée d’un supermarché en compagnie d’une nutritionniste qui les guiderait d’un rayon à l’autre en leur expliquant comment faire des choix alimentaires sains.

Il est également possible d’établir un bilan nutritionnel dans le cadre d’un encadrement individuel assuré par une nutritionniste. « Chaque séance d’encadrement est entièrement personnalisée », explique Alexis. « La nutritionniste effectue d’abord une évaluation des besoins, qui couvre les antécédents médicaux et alimentaires ainsi que les objectifs en matière de nutrition de la personne. Au cours de la séance suivante, compte tenu de l’évaluation et des objectifs, la nutritionniste fait des recommandations personnalisées. Des séances de suivi lui permettent de constater les progrès accomplis et d’accorder un soutien nutritionnel à la personne qui l’a consultée jusqu’à ce qu’elle ait atteint ses objectifs ».

Comment les services de diététique ont-ils été accueillis? Alexis répond que les commentaires ont été très positifs et que les participants observent des résultats concrets. Tout comme le soutien offert en pharmacie par les pharmaciens est efficace, l’efficacité de l’encadrement assuré en supermarché par les nutritionnistes ne fait aucun doute. « Grâce à la sensibilisation à une alimentation saine et au soutien offerts directement dans les supermarchés, les consommateurs reçoivent des conseils pratiques qu’ils peuvent aussitôt mettre en application, à l’endroit même où ils font leurs emplettes », explique Alexis.

Cela dit, l’encadrement en diététique est-il juste une mode? « L’encadrement en santé, tout comme les techniques d’interview motivationnelle, représente depuis toujours un volet important de la formation des nutritionnistes et a toujours fait partie de leur rôle », répond Alexis. « Je crois que l’encadrement en diététique est appelé à se répandre, car notre profession va continuer à préconiser une approche centrée sur le client. Les nutritionnistes visent à adopter une approche collaborative plutôt que prescriptive pour aider les consommateurs parce que ce sont l’information et le soutien qui contribueront à changer de façon durable les modes de vie. »