g(sc) EN BREF: Notre obsession pour le bonheur nous condamnerait-elle à la tristesse?

Le 6 décembre 2017

Voici un fait anecdotique : le Canada se classe parmi les plus grands consommateurs d’antidépresseurs au monde. Eh oui! Chez GSC, on le voit bien : les données sur nos demandes de règlement révèlent que d’une année à l’autre, on dépense plus d’argent pour des antidépresseurs que pour tout autre type de médicament.

C’est quand même ahurissant, non? Après tout, le Canada figure toujours parmi les pays ayant la meilleure qualité de vie au monde. Se peut-il que ses habitants soient si anxieux, déprimés et malheureux?

Nous allons tenter de répondre à cette question. Mais tout d’abord, approfondissons un peu le sujet...

 

POURQUOI SOMMES-NOUS OBSÉDÉS PAR LE BONHEUR?

Si vous tapez le mot « bonheur » dans le moteur de recherche d’Amazon, vous obtiendrez plus de 8 000 résultats. La majorité porte sur des livres de croissance personnelle intitulés par exemple Opération bonheur, Et si le bonheur vous tombait dessus et L’art du bonheur (écrit par le Dalaï-Lama lui-même). Il y a beaucoup d’argent qui se brasse sur le marché du bonheur. Or, un nombre croissant de professionnels se demandent si cette obsession du bonheur ne contribuerait pas, en fait, à nous rendre moins heureux.

Pensez-y. Tout le monde veut être heureux, non? Comme société, nous sommes de plus en plus enclins à considérer le bonheur comme un droit humain fondamental. Nous sommes à la recherche du bonheur dans toutes les sphères de notre vie, que ce soit au travail, dans notre vie conjugale, dans notre vie familiale ou en amitié.

Mais selon des experts, ce regard simpliste sur la vie nous amène à faire fausse route. Le bonheur n’est pas un état dans lequel on se trouve par défaut, malgré ce qu’en disent des livres de croissance personnelle en solde à 5,99 $. Bon nombre de ces ouvrages nous portent à croire que si on n’est pas heureux 100 % du temps dans la vie, c’est qu’il y a quelque chose qu’on n’a pas saisi.

Euh... non (un gros non). Être humain, c’est aussi ressentir des émotions négatives et de la tristesse. Et il est inutile de prétendre qu’on peut vivre sans éprouver ce genre de sentiments. On ne peut tout simplement pas. Pire encore : quand ces émotions négatives apparaissent, on a l’impression qu’on a échoué à être heureux (ce sentiment d’incompétence s’ajoutant à la tristesse qu’on éprouvait au départ).

Selon les détracteurs de ce modèle psychologique axé sur le bonheur à tout prix, il y aurait plus de mal que de bon dans cette vision de la vie perpétuellement optimiste (et, soyons honnêtes, un brin irritante). Ils estiment qu’on devrait plutôt s’efforcer de tirer des leçons des périodes sombres et difficiles de notre vie, des moments d’insécurité, sans se considérer pour autant comme des êtres humains moins épanouis.

QUEL EST LE LIEN AVEC LES ANTIDÉPRESSEURS SUR ORDONNANCE?

Merci d’avoir posé la question (enfin, peut-être que vous ne l’avez pas posée, mais aux fins de cet article, on va faire comme si).

Revenons un peu sur la statistique que nous avons citée plus tôt, selon laquelle le Canada est l’un des plus grands consommateurs d’antidépresseurs au monde. Bon an mal an, environ 13 % des quelque 2 millions de membres du régime de GSC prennent des antidépresseurs.

De nombreux experts estiment que la hausse de la consommation d’antidépresseurs est attribuable à ce qu’ils appellent la « pharmacologie cosmétique ». Ce terme désigne une tendance de plus en plus répandue : recourir à des médicaments, en l’occurrence des psychotropes, pour composer avec nos émotions négatives et nous sentir plus « heureux ».

Avant d’aller plus loin, il nous semble important de clarifier un point très important. La dépression clinique grave est un problème de santé pénible et compliqué qui peut souvent être traité efficacement par un médicament. C’est un fait. Nous reconnaissons donc que les antidépresseurs sont remarquablement efficaces (voire vitaux) chez un groupe de personnes. Cela dit, nous estimons également possible qu’ils soient prescrits à l’excès à un groupe de personnes beaucoup (beaucoup!) plus grand, et que parmi ces personnes, bon nombre ne retirent aucun bienfait significatif du traitement.

Au Canada, le marché des antidépresseurs est une industrie de près de 2 milliards de dollars. Les antidépresseurs sont prescrits la plupart du temps par des médecins de famille qui, souvent, n’ont reçu pour ce faire qu’une formation limitée. Et comme les critères diagnostiques du « trouble dépressif majeur » sont vastes et souples, les médecins tendent à prescrire les antidépresseurs plus facilement... entre autres parce que les patients les réclament.

Après tout, avec la façon dont le bonheur est perçu autour de nous, pourquoi ne les réclameraient-ils pas? Les personnes qui se situent quelque part dans le spectre du mal-être (morosité, dépression légère ou modérée, stress ou anxiété) peuvent facilement être portées à croire que si elles se sentent malheureuses, c’est que quelque chose cloche chez elles. Même si, dans les faits, ces sentiments se situent souvent dans les paramètres de la parfaite normalité.

Quelle est donc la solution à préconiser? Si les médicaments ne sont pas le meilleur moyen de traiter ce « mal-être » ambiant, comment y remédier?

On pourrait pointer du doigt la tendance des médecins de famille à prescrire des antidépresseurs de manière abusive. Et, dans une certaine mesure, on n’aurait pas tort. Cela dit, la réalité est la suivante : les médecins de famille sont pris entre l’arbre et l’écorce lorsqu’ils doivent traiter des patients ayant des problèmes de santé mentale. S’ils décident de prescrire en premier lieu une thérapie au patient plutôt qu’un médicament, le patient fera face à des problèmes d’accès (à des services de psychothérapie de qualité) où qu’il se trouve au Canada. Chaque patient est unique, et la santé mentale peut être un casse-tête passablement compliqué.

Or notre système de santé, faut-il s’en étonner, ne gère pas très bien ce qui est compliqué.

ON CAUSE... (AVEC QUI?)

Tous les ans, Bell lance sa campagne Bell Cause pour la cause, une initiative qui vise à lutter contre la stigmatisation et à recueillir des fonds à l’appui de programmes axés sur la santé mentale partout au Canada. Cette initiative est une réussite à tout point de vue et atteint admirablement bien ses objectifs.

Ce qui est formidable! Mais… (vous vous doutiez qu’il y avait un « mais ») quand on encourage les gens à s’exprimer et à aller chercher de l’aide pour améliorer leur santé mentale, ceux-ci s’attendent, à juste titre, à ce que des services d’aide de qualité soient à leur portée.

Dans les faits, les médicaments sur ordonnance sont les soins les plus facilement accessibles en santé mentale aujourd’hui. Cela dit, de nombreux traitements (comme la thérapie cognitive, la pleine conscience, voire l’exercice) se sont révélés aussi efficaces, sinon plus, que les médicaments sur ordonnance pour traiter les problèmes de santé mentale les plus courants. Ils donnent également de meilleurs résultats dans la prévention des rechutes.

Aucune province ne rembourse les frais d’une thérapie administrée par un psychologue, un travailleur social ou un psychothérapeute en pratique privée. En revanche, les frais de consultation d’un psychiatre sont remboursés par la plupart des provinces. Encore une fois, c’est bien beau, mais... la plupart des psychiatres sont débordés et ont une liste d’attente de plus d’un an. Voilà qui ne contribue pas à juguler la crise en santé mentale.

Et même si vous pouvez vous permettre de patienter un an, il se peut bien que le psychiatre n’ait pas le temps de vous convoquer à plusieurs séances de consultation pour tenter de déterminer les raisons fondamentales de votre dépression, de votre stress, de votre anxiété, de votre dépendance ou de tout autre problème de santé mentale dans la multitude ayant été répertoriée. Le psychiatre, à l’instar d’un médecin de famille, se contentera donc de rédiger une ordonnance.

 

APPRENDRE À ACCEPTER (TOUTES) NOS ÉMOTIONS

Nous brossons un tableau plutôt sombre de la situation, c’est vrai. Mais tout n’est pas noir : il y a de la lumière au bout du tunnel (ou du moins, au bout de ce billet). Les gens reconnaissent l’existence de ces problèmes et prennent des mesures pour les régler.

Le recours à des services en ligne et virtuels dans le domaine de la santé mentale est l’un des moyens qui pourraient aider à vaincre les obstacles à l’accès (comme le coût et l’emplacement). Ce type de services a donné des résultats prometteurs au chapitre de l’efficacité thérapeutique. Et les provinces du Canada en prennent bonne note. Il est à espérer que les médecins de famille se tourneront vers ces services en premier lieu pour prendre en charge les patients atteints de dépression légère chez qui une thérapie individuelle n’est pas envisageable.

Il y a aussi de plus en plus de gens qui réclament de meilleurs critères de dépistage et de diagnostic des maladies mentales ainsi que des mesures plus musclées de remboursement des services de thérapie par les régimes publics et privés (psychologie, psychothérapie et consultation, notamment).

De plus, la population semble réceptive aux avertissements des experts quant aux répercussions négatives de notre obsession du bonheur sur notre santé mentale. On entend en effet un nouveau discours sur le sujet à gauche et à droite, selon lequel le bonheur, finalement, ne serait peut-être pas l’objectif ultime. Peut-être que l’objectif à atteindre, en fin de compte, est d’accepter toutes nos émotions, les bonnes comme les mauvaises.

La pratique de la pleine conscience est fondée sur cet objectif. En gros, la pleine conscience nous apprend à être conscients de ce qui se passe dans notre tête à tout instant, dans une attitude d’acceptation, sans porter de jugement et sans nous laisser emporter par ces émotions. Parce qu’à partir du moment où on réussit à considérer ses émotions négatives comme une partie intégrante – et tout à fait normale – de soi-même, on peut commencer à apprendre à gérer ces émotions et à s’en distancer.

Mentionnons aussi que la pleine conscience n’est pas juste une nouvelle tendance dans le domaine du mieux-être. Chaque jour, de nouvelles données le prouvent : la pleine conscience est une stratégie efficace pour maintenir une bonne santé mentale et pour composer avec des problèmes de santé mentale. Et comme nous sommes des mordus de l’analyse de données qui se sont donné pour mission de faciliter l’accès aux soins de santé (quand nous ne sommes pas occupés à traiter vos demandes de règlement, bien entendu), nous avons décidé de mettre cette stratégie d’amélioration de la santé mentale à la portée des membres de notre régime.

En décembre, nous lancerons notre propre programme de pleine conscience par l’intermédiaire du portail santé ChangerpourlavieMD. Ce programme (tout à fait gratuit!) comporte six séances au fil desquelles on vous présentera les fondements de la pleine conscience par l’intermédiaire de contenu vidéo, audio et textuel.

Peu importe où vous vous situez dans le spectre de la santé mentale, nous espérons que vous jetterez un coup d’œil sur le programme pour voir ce que la pleine conscience peut vous apporter. Restez à l’affût : nous ferons une annonce à ce sujet sous peu!