En première ligne… Rencontre dans le cabinet médecin – du médecin spécialiste de la santé au travail

Le 14 avril 2016

Ce mois-ci, nous avons décidé de faire un sondage et d’interroger directement le médecin spécialiste de la santé au travail (un titre un peu pompeux pour désigner le médecin qui travaille avec nous, dans notre milieu de travail). En effet, qui est mieux placé pour nous parler de la santé des membres du régime que le médecin qui chaque jour est sur la ligne de front et reçoit des patients aussi bien dans une clinique que dans leur milieu de travail? Laissez-nous vous présenter le Dr Alain Sotto, qui non seulement reçoit en consultation les membres du régime, mais aide aussi les promoteurs de régime à créer des stratégies pour s’attaquer aux problèmes de santé qui ont un impact sur l’ensemble des employés. Son travail lui donne une perspective unique sur la santé, et c’est exactement ce qui nous intéresse…

« On en revient toujours aux maladies chroniques »

Quand on lui demande quel est le principal problème de santé qu’il voit dans sa pratique, le Dr Sotto répond sans hésiter : « Ce sont certainement les maladies chroniques : diabète, cancers, problèmes cardiovasculaires, problèmes de santé mentale et problèmes musculosquelettiques comme l’arthrite. » Et il ajoute : « Il est clair que les effets des maladies chroniques, c’est-à-dire une qualité de vie réduite suivie d’une mort prématurée, sont dévastateurs pour les membres du régime. Mais ce n’est pas tout! Leurs effets sont aussi dévastateurs pour les coûts de fonctionnement et la productivité des organisations. Et le pire, c’est que même si les maladies chroniques ont déjà atteint un niveau épidémique, leur incidence augmente chaque année au Canada. En fait, 51,8 % des Canadiens souffrent d’au moins une maladie chronique, et 14,8 % sont affectés par deux maladies chroniques ou plus. Nous savons donc que le problème numéro un pour les membres du régime, ce sont les maladies chroniques. La question qu’il faut maintenant se poser de toute urgence, c’est « qu’est-ce que les promoteurs de régime vont faire à cet égard? »

« Les membres du régime passent la plus grande partie de leurs heures d’éveil au travail. C’est donc l’endroit idéal pour intervenir »

Si beaucoup de promoteurs de régime prennent des mesures pour améliorer la santé des membres du régime, le Dr Sotto constate souvent que ceux qui ne le font pas considèrent que c’est à notre système de santé de s’attaquer à la question des maladies chroniques. « La prévention et la gestion des maladies chroniques exigent une action intense et continue qui nécessite du temps, ce que les médecins de famille n’ont pas, justement. Pendant le peu de temps que dure chaque consultation, les médecins de famille se concentrent surtout sur les soins de courte durée, et ce n’est pas ça qui va améliorer les choses. Nous devons travailler en équipe, c’est-à-dire aussi bien les médecins de famille et les autres professionnels de la santé que les fournisseurs de garanties, les promoteurs de régime et les membres des régimes eux-mêmes. Nous devons tous collaborer. »

Parlant du travail d’équipe, ce que le Dr Sotto constate dans de nombreuses entreprises, c’est qu’elles se concentrent sur l’aspect sécurité des membres du régime (parce que c’est la loi!), tandis que la santé, elle, fait figure de parent pauvre et ne reçoit pas toute l’attention qu’elle mérite. « Bien que la plupart des entreprises aient des comités de santé et sécurité et disposent d’une foule de ressources, allant d’une grande variété de matériel pédagogique et de présentations aux programmes de formation sur la façon d’assurer sa sécurité, l’accent est toujours mis sur la sécurité, la sécurité et encore la sécurité, et rarement sur la santé. Ces entreprises doivent donc effectuer ce qu’on appelle un changement de paradigme, c’est-à-dire qu’elles doivent modifier en profondeur leur approche en ce qui concerne la santé des membres du régime et lui accorder la même valeur qu’à la sécurité. Elles pourront ainsi améliorer la qualité de vie des membres du régime et diminuer leurs coûts. »

« Quel est le prix d’une vie? »

Un autre obstacle vient du fait qu’on a souvent l’impression que les programmes de gestion de la santé sont coûteux. Pourtant, il existe beaucoup d’options très abordables. « Ce qu’il faut comprendre, c’est que le coût de l’inaction est très élevé. Je conseille aux promoteurs de régime d’envisager le rendement du capital investi dans les programmes de gestion de la santé dans l’optique d’une volonté d’améliorer la qualité de vie des membres du régime ou, encore mieux, de sauver leur vie et d’accroître la rentabilité des organisations. Le dépistage précoce des maladies chroniques et des facteurs de risque des maladies chroniques réduit le risque de coûts beaucoup plus élevés, tant dans l’immédiat que dans le futur. Le fait est qu’il est impossible d’exploiter une entreprise quand les employés ne sont tout simplement pas là. Ils peuvent devoir s’absenter quelque temps, ou finir par s’absenter pour une invalidité de longue durée et partir pour toujours ou, pire encore, partir tout court, c’est-à-dire mourir... »

« Les chiffres parlent d’eux-mêmes »

Les études montrent que les promoteurs souhaitent avoir davantage de données et d’analyses concernant leurs régimes, et le Dr Sotto croit que les données sont essentielles pour orienter les initiatives de gestion de la santé. « Je recommande aux promoteurs de régime de commencer par analyser dans leur régime l’utilisation qui est faite de médicaments pour les cinq à dix principales maladies chroniques. C’est une démarche essentielle pour savoir quelles sont les maladies pour lesquelles les membres du régime reçoivent des traitements. Les chiffres obtenus en combinant ces données avec d’autres données tirées des demandes de règlement et des indicateurs tels que le taux d’absentéisme peuvent leur permettre de déterminer sur quels problèmes de santé concentrer leurs efforts. Les promoteurs de régime doivent s’assurer que leurs programmes tiennent compte de la nature complexe des maladies chroniques en intégrant plusieurs stratégies pour informer, mobiliser et habiliter les membres du régime et leur permettre d’agir. »

« Les histoires de réussite sont nombreuses! »

Pour illustrer de vraies histoires de réussite, le Dr Sotto donne l’exemple du programme de prévention du diabète et du syndrome métabolique (un précurseur du diabète) qu’il a mis sur pied à la Toronto Transit Commission (TTC) en 2015 et à Ontario Power Generation il y a quelques années. Parmi les activités de sensibilisation des membres du régime, on compte les suivantes :

  • Des présentations d’information sur le diabète et le syndrome métabolique animées en personne par le Dr Sotto, l’installation d’affiches, des vérifications de la pression artérielle et des contrôles précis de la glycémie, du cholestérol et du taux d'hémoglobine « A1C » (la glycémie moyenne des trois derniers mois) sur les lieux de travail, ainsi qu’un encart spécial dans le bulletin des employés qui comprenait un tableau « sachez quels sont vos chiffres » que les membres du régime pouvaient passer en revue avec leur médecin de famille;
  • Des programmes de dépistage pour détecter la présence de signes avant-coureurs du syndrome métabolique, du diabète ou de l’hypertension;
  • Des ressources sur les changements qu’il est possible d’apporter à son mode de vie pour prévenir et, au besoin, gérer efficacement le syndrome métabolique et le diabète, comme des conseils sur l’alimentation et l’accès à des installations de conditionnement physique.

Le programme de dépistage du cancer colorectal de la TTC est un autre exemple de programme de gestion de la santé qui a permis, grâce à toutes sortes d’activités, de sensibiliser les membres du régime :

  • Des présentations d’information animées en personne par le Dr Sotto ainsi qu’un DVD dans lequel il explique ce qu’est le cancer colorectal et le rôle de la prévention;
  • Des renseignements sur ce que l’on considère comme la mesure la plus efficace de prévention, la colonoscopie, qui permet de déceler les polypes avant qu’ils ne deviennent cancéreux et, si un cancer est déjà présent, de le détecter à un stade précoce;
  • Des formulaires d’orientation vers des cliniques qui effectuent des colonoscopies sur les personnes de 50 ans et plus, joints aux talons de paie et mis à la disposition des employés dans l’intranet.

Le Dr Sotto estime qu’à titre d’organisations, Ontario Power Generation et la TTC ont effectué le changement de paradigme qui était nécessaire et se concentrent aujourd’hui sur la santé et la sécurité.

« Où est la santé, dans santé et sécurité? »

Pour conclure, le Dr Sotto nous a livré le message général suivant : « Comme je l’ai dit plus tôt, ce sont les promoteurs de régime dans leur ensemble qui doivent réévaluer sérieusement leur approche en matière de santé et sécurité au travail et comprendre qu’il s’agit de santé et de sécurité. Bien que la sécurité occupe déjà une place importante dans la plupart des milieux de travail, les employés ne peuvent pas être réellement en sécurité s’ils ne sont pas d’abord en santé. La santé des employés est un élément essentiel de leur sécurité. Il faut redonner sa place à la santé dans le concept de santé et sécurité. »