Des questions épineuses...

Le 8 février 2016
Pourquoi exactement les promoteurs de régime offrent-ils des régimes de soins de santé? Et obtiennent-ils les résultats attendus?

Vous vous rappelez certainement (s’il vous plaît, soyez indulgents) que les faits intéressants mis en lumière par l’étude sur la santé 2014 de GSC nous avaient amenés à réfléchir et à nous interroger sur la raison d’être des régimes de soins de santé. Pour que cette question continue de nous interpeller en 2016, nous avons invité Sarah Beech, présidente d’Accompass – un cabinet de services-conseils indépendant spécialisé dans les avantages sociaux, retraite et rémunération – à prendre part à une table ronde. Sarah s’est entretenue avec Peter Gove, responsable de l’innovation en gestion de la santé chez GSC, et David Willows, vice-président, Solutions de marché stratégique, GSC. Écoutons ce qu’ils avaient à dire...

Viabilité des régimes de soins de santé

DAVID : « D’entrée de jeu, pour faire une mise en contexte, parlons de viabilité. Le mot « viabilité » est en vogue dans notre secteur. Pensez-vous que la viabilité des garanties de soins de santé est un véritable problème? »

SARAH : « Comme toutes les dépenses d’entreprise, les garanties de soins de santé nécessitent une attention constante dans toutes les organisations. Le ciel est-il en train de nous tomber sur la tête? Les organisations vont-elles toutes supprimer ces garanties? Selon moi, non. Dans le passé, il y a eu beaucoup d’exemples de cas où les prestations de soins de santé représentaient des dépenses supérieures aux prévisions et les entreprises ont probablement mis en doute leur pertinence. Il y a 20 ans, les prestations de soins de santé et dentaires grimpaient de 15 % chaque année, le taux de croissance des dépenses en soins dentaires était supérieur à dix pour cent, les prix des médicaments augmentaient résolument, les frais d’hospitalisation constituaient le deuxième poste de dépenses en importance et les services paramédicaux étaient totalement absents des écrans radars. Quoi qu’il en soit, nous n’avons aboli aucune protection; au contraire, semble-t-il, nous avons sans cesse ajouté des services. La différence, aujourd’hui, c’est que cette question est beaucoup plus médiatisée. Depuis l’apparition de nouveaux médicaments coûteux, cette question retient encore plus l’attention des médias. Cependant, ce n’est absolument pas à cause de sa médiatisation que la viabilité des garanties provoque des questionnements. Les principaux facteurs en cause, ce sont les maladies chroniques et le vieillissement de la population. »

PETER : « Les maladies chroniques et le vieillissement de la population représentent effectivement nos plus gros enjeux. Bien qu’il y ait assurément des mesures à prendre dans le domaine des garanties de soins de santé pour relever ce défi, on peut se demander si, dans leur forme actuelle, les régimes s’y prêtent. Un problème connexe se pose – celui du gaspillage et de la bonne utilisation des médicaments – car nos études continuent de montrer que la non-observance de la prise de médicaments est un énorme problème. »

DAVID : « Nous ne pourrions évidemment pas parler de viabilité sans aborder la question des nouveaux médicaments coûteux. À votre avis, assistons-nous à une vague d’un nouveau genre ou s’agit-il simplement d’un phénomène normal dans le monde des affaires, d’une succession de périodes de faible inflation et d’inflation élevée? Êtes-vous plus préoccupée par les tendances à long terme du marché des médicaments qu’il y a cinq ou dix ans? »

SARAH : « Je ne suis pas médecin et je n’ai pas de boule de cristal, mais je pense que les bienfaits des innovations dans le domaine de la santé, par exemple, les traitements curatifs, devraient nous inspirer de la gratitude. Les médicaments pour le traitement de l’hépatite C, qui guérissent cette maladie et représentent une dépense ponctuelle, sont justifiés du point de vue de la qualité de la vie et des considérations financières. Si l’on considère les effets de RemicadeMD, HumiraMD et EnbrelMD dans le traitement de l’arthrite rhumatoïde, il est clair que l’apparition de ces médicaments a été positive. La question consiste à savoir à qui revient la responsabilité de payer la facture… est-ce aux promoteurs de régime?... aux membres des régimes?... au gouvernement? Je ne crois pas que le gouvernement assumera davantage de coûts. »

PETER : « L’une des raisons pour lesquelles il est difficile de déterminer à qui revient la responsabilité du paiement des médicaments est que nous avons du mal à faire le lien entre les paiements et les résultats parce que notre système est fragmenté et comporte de multiples intervenants. Par exemple, si des médicaments permettent de guérir l’hépatite C, les régimes provinciaux d’assurance-maladie en tirent parti parce que les coûts des greffes diminuent, et ainsi de suite. Même dans notre secteur, nous avons du mal à faire le lien entre les membres des régimes qui prennent des médicaments contre l’hépatite C et leur taux d’absentéisme. Les médicaments coûteux présentent de gros avantages que nous sommes incapables de quantifier dans nos données. »

DAVID : « En somme, tout le monde convient qu’en dépit de leur coût élevé, ces médicaments constituent des progrès formidables. Ce qu’il faut se demander alors, c’est quelle est la responsabilité des assureurs dans un contexte où de nouveaux médicaments coûteux font leur apparition sur le marché. Que devrions-nous faire que nous ne faisons peut- être pas encore? »

PETER : « Je pense que les gestionnaires de régimes de garanties comme GSC ont ce qu’on pourrait appeler une responsabilité en tant que consommateurs avertis. En un sens, comme nous achetons des services de santé pour nos clients, il est de notre devoir de bien comprendre la valeur que ces services procurent ou ne procurent pas à nos clients, puis de nous assurer que nos clients – les promoteurs de régime – peuvent prendre des décisions éclairées sur ce qu’il est approprié de rembourser. »

SARAH : « Les médicaments coûteux font beaucoup parler d’eux dans notre secteur, de sorte qu’il est très important de sensibiliser les gens à l’observance de la prise de médicaments. J’entends par là qu’il est important d’obtenir des renseignements exacts à une étape précoce et, mieux encore, de cibler les renseignements en fonction du groupe démographique. Je crois aussi que les promoteurs de régime aimeraient connaître le rôle des autres parties en ce qui concerne les médicaments coûteux. Quels médicaments le gouvernement paiera-t-il? Les sociétés pharmaceutiques participerontelles à cet effort en mettant en place des programmes d’aide aux patients? Y a-t-il des possibilités de mettre à contribution différents payeurs? De plus, en ce qui concerne la conception des régimes, il est important de garder à l’esprit que les promoteurs de régime tiennent à avoir des choix. Les promoteurs de régime, quelles que soient leurs similitudes, ne veulent pas forcément traiter les choses de la même manière. La plupart d’entre eux accordent beaucoup d’importance à leur régime de garanties, de sorte qu’ils apprécient qu’on leur offre des choix; ils ne veulent pas qu’on leur dicte ce qu’ils doivent faire, ils veulent être informés. »

PETER : « Je suis d’accord. Nous devons continuer à élaborer des solutions de rechange inventives à l’intention des promoteurs de régime pour augmenter l’efficience, par exemple, trouver de nouveaux moyens de renforcer l’observance des traitements et faire en sorte que les médicaments soient utilisés efficacement. Nous pouvons recourir à toutes sortes d’études pour orienter nos interventions afin que tous les aspects s’appuient sur des données. »

Raison d’être d’un régime de garanties de soins de santé

DAVID : « L’évaluation de l’efficacité réelle des nouveaux médicaments coûteux nous amène à poser la question essentielle : quelle est la véritable raison d’être d’un régime de garanties de soins de santé? Peter, vous avez donc passé beaucoup de temps à faire des recherches sur les services que nous remboursons couramment au titre des garanties de soins de santé. Selon vous, la structure actuelle des régimes est-elle sensée? »

PETER : « Eh bien… pour commencer, l’expression « garanties de soins de santé » m’embarrasse. Les garanties de soins de santé regroupent une foule de choses, dont certaines n’ont rien à voir avec la santé, du moins du point de vue de la science. Certains des éléments regroupés sous cette étiquette peuvent être offerts par les promoteurs de régime dans le volet « rémunération ». Par exemple, il y a très peu de preuves que la massothérapie est utile pour résoudre les genres de problèmes de santé auxquels font face les membres des régimes, en particulier les maladies chroniques. De plus, ce service n’est, pour l’essentiel, pas couvert par les régimes de garanties aux États-Unis. Or, la massothérapie est pour ainsi dire devenue une garantie standard dans les régimes offerts au Canada. Je ne prétends pas qu’il faut supprimer cette protection, mais il serait peut-être bon de clarifier ce que sont des « garanties de soins de santé » par rapport à la « rémunération ». Les promoteurs de régime se doivent de rendre leur régime attrayant pour leurs employés, et des services comme la massothérapie peuvent y contribuer, mais nous ne parlons pas de soins de santé ni de réduction des coûts à long terme. »

SARAH : « Nous devons aussi aborder la question de ce qu’est la « famille ». Nous pourrions également envisager de limiter la protection des personnes à charge. Dans l’ensemble, cependant, en ce qui concerne les médicaments, la priorité du régime devrait être de procurer la thérapie médicamenteuse appropriée au moment opportun. En plus de l’autorisation préalable, nous devons trouver d’autres moyens d’éliminer le gaspillage et augmenter l’efficacité des médicaments. »

Rôle des services paramédicaux

DAVID : « Puisque nous parlons de la raison d’être des régimes de soins de santé, permettez-moi d’aborder la question de la popularité croissante des services paramédicaux. De nombreux services qui, à l’origine, étaient considérés comme des « médecines douces », jouissent aujourd’hui d’une remarquable popularité. Quel est votre point de vue sur l’augmentation des dépenses au titre des services paramédicaux? »

PETER : « Comme je l’ai déjà mentionné, je pense que nous nous sommes peut-être égarés, en ce sens que les régimes de soins de santé considèrent maintenant un certain nombre de services paramédicaux comme des interventions destinées au maintien et à la promotion de la santé ainsi qu’à la guérison. L’ennui, c’est que rien ne prouve leur efficacité. Il est toutefois évident que certains services paramédicaux ont la cote. »

SARAH : « Pour aller dans le sens des propos de Peter, j’ajouterais que certains services paramédicaux sont maintenant considérés comme des droits acquis, c’est-à-dire que les membres des régimes estiment normal de s’en prévaloir puisque ces services sont couverts. Il est indéniable que des services comme la physiothérapie peuvent faire une réelle différence dans le rétablissement complet de la mobilité après une blessure. Mais chacun des membres d’une famille a-t-il besoin d’une séance de massothérapie chaque mois? Il se peut que chacun des membres d’une famille ressente ce besoin, mais l’employeur n’a peut-être pas la responsabilité d’y répondre. Dans le cas de certaines garanties de soins de santé, il faudra établir une distinction entre les besoins et les désirs. »

PETER : « De plus, le problème tient peut-être en partie au fait que certains fournisseurs de services paramédicaux ont le droit d’offrir les services qu’ils veulent dans la mesure où ils exercent une profession réglementée. Nous devrions peut-être envisager d’autres approches. Par exemple, au lieu de contrôler les coûts des services paramédicaux en les plafonnant, nous pourrions limiter les interventions que les fournisseurs de services paramédicaux peuvent pratiquer à celles dont l’efficacité est scientifiquement attestée. Autrement dit, nous en remettre à la preuve. »

DAVID : « C’est un problème épineux pour les conseillers et les promoteurs de régime parce que de nombreux membres des régimes sont persuadés qu’ils ont besoin de certains services paramédicaux pour rester en santé ou prendre leur santé en main. Que pouvons-nous faire? »

SARAH : « Cela nous ramène à la raison qui motive un employeur à offrir un régime de garanties à ses employés. S’il veut s’engager auprès de ses employés et maintenir sa compétitivité, le promoteur de régime peut offrir toutes sortes de services, mais il doit se rendre compte que les ressources de ses régimes de rémunération et retraite et de son régime de garanties de soins de santé ne sont pas illimitées. Un autre promoteur de régime pensera peut-être que son régime de garanties est un moyen de contribuer au maintien de la santé des membres du régime, de sorte qu’il décidera peut-être de supprimer certains services qui ne sont pas destinés au traitement de maladies chroniques. »

PETER : « Je suis d’accord. Cela revient à clarifier la raison d’être du régime de garanties et les éléments du régime qui génèrent de la valeur. Les groupes paramédicaux veulent que nous considérions leurs services comme des moyens de promouvoir la santé et prévenir la maladie. Il y a cependant peu de preuves de l’efficacité de certains services paramédicaux. Comme tous ces groupes rivalisent pour obtenir leur part du gâteau, nous devons en définitive retenir les services qui ajoutent de la valeur. Selon ce critère, certains services pourraient être générateurs de valeur du point de vue de la santé, et d’autres, du point de vue du sentiment d’appartenance des employés. »

Aller de l’avant

DAVID : « Les promoteurs de régime ont-ils une volonté manifeste de répondre à la question de la raison d’être de leur régime de retraite? Y a-t-il une amorce de mouvement en vue de repenser le régime traditionnel? De plus, y aurait-il des mesures évidentes que les promoteurs de régime pourraient prendre pour mieux gérer leur régime? »

SARAH : « La plupart des promoteurs de régime ne sont pas encore prêts. Certains clients répondraient probablement que leur régime de garanties s’inscrit dans l’expérience d’emploi globale, mais ils comprennent que cela a un coût. Certains promoteurs de régime de taille modeste qui souhaitent résoudre le problème de l’abordabilité peuvent envisager d’imposer des plafonds, mais cette tendance est loin d’être généralisée. Dans l’ensemble, les promoteurs de régime veulent protéger les intérêts de leurs membres. Aucun de nos clients ne nous a jamais dit qu’il voulait priver ses employés d’une protection. Pour ce qui est de l’amélioration de la gestion des régimes, les promoteurs doivent aborder les questions du gaspillage, de la non-observance de la prise de médicaments et de la gestion de la maladie. GSC a effectué diverses études et de nombreuses autres études externes démontrent que les malades qui suivent plusieurs thérapies médicamenteuses peuvent être traités efficacement et rester au travail. Pour résoudre le problème des maladies chroniques, les promoteurs de régime doivent participer au processus en aidant activement les membres de leur régime à prendre leurs maladies en main. Cela coûte moins cher et procure une meilleure qualité de vie. »

PETER : « Je suis d’accord. Notre prochain gros défi à tous consistera à aider les membres des régimes à mieux gérer leurs maladies. Des problèmes comme celui du gaspillage se dissiperont au fur et à mesure que les patients observeront mieux la prise de leurs médicaments. Il est clair que nous devons emprunter cette voie et avoir de nouvelles idées comme les concepts de l’économie comportementale, et des outils pour structurer les environnements, c’est-à-dire des éléments qui ne sont généralement pas perçus comme étant associés aux garanties de soins de santé, mais qui aideront vraiment à maximiser la valeur du dollar. »

Rome ne s’est pas faite en un jour… mais elle s’est faite

Selon la table ronde, des changements seront bientôt apportés pour assurer la viabilité des régimes de garanties et nous devons nous y préparer dès aujourd’hui. Les promoteurs de régime doivent s’assurer que leurs membres comprennent pourquoi des changements s’imposent et pourquoi ils doivent participer au débat sur les compromis à faire. Sarah le résume bien :

» La réponse la plus simple est d’imposer des plafonds ou mettre plus à contribution les membres, mais cela ne résout rien; seule la provenance des fonds change. Nous devons changer le paradigme en nous demandant pourquoi nous offrons des garanties de soins de santé. Est-ce vraiment pour promouvoir la santé, le mieux-être et la protection financière des membres? Dans ce cas, nous pourrions en venir à considérer les garanties de soins de santé plus comme une assurance-auto ou assurance-habitation : les problèmes graves sont couverts, mais les membres s’occupent eux-mêmes des petits problèmes. Les employés sont le bien le plus précieux des organisations et doivent ainsi participer au débat. Ils doivent comprendre qu’il faut sacrifier quelque chose... à quoi renoncera t on? »