Le point sur les produits biologiques ultérieurs

Le 24 juin 2016

Depuis que nous avons traité des produits biologiques ultérieurs (PBU), ou produits biosimilaires, dans le numéro de Perspective sur les prescriptions paru à l’automne 2014, ce sujet d’actualité est devenu encore plus chaud. À l’époque, nous prenions tout juste conscience de l’existence des PBU; encore aujourd’hui, seuls trois PBU ont été approuvés par Santé Canada. Or, le brevet de bon nombre de médicaments biologiques vedettes est maintenant expiré ou expirera au cours des prochaines années. Par conséquent, de nombreux PBU devraient faire leur entrée sur le marché.

Pour obtenir une nouvelle perspective du rôle des PBU, nous nous sommes adressés à Pfizer Canada et avons eu une conversation intéressante avec Gerry Stefanatos, directeur général, Produits établis, Marché pharmaceutique mondial, et Vincent Lamoureux, directeur, Affaires de l’entreprise chez Pfizer Canada. Forte de son expérience et de son expertise considérables dans le domaine des produits biologiques, Pfizer s’est énormément investie dans la mise au point des PBU, produits qu’elle perçoit comme la suite logique et nécessaire de sa pertinence dans le contexte de l’émergence des nouveaux produits pharmaceutiques. Aussi, Pfizer a-t-elle 14 PBU en cours de mise au point ou déjà lancés quelque part dans le monde.

Revoyons...

Avant d’aller plus loin, revenons sur notre introduction aux PBU parue dans le numéro de Perspective sur les prescriptions à l’automne 2014 : Un PBU est un médicament biologique similaire à un médicament biologique d’origine (aussi appelé médicament innovateur) homologué. Pour être approuvé par Santé Canada, un PBU est soumis au processus de présentation de drogue nouvelle et doit être associé aux mêmes résultats cliniques sur le plan de l’innocuité et de l’efficacité que le produit d’origine. Par exemple, Gerry confirme que le fondement de l’approbation des indications d’Inflectra (Hospira) est la similarité entre ce produit et son produit de référence, Remicade.

Les PBU sont-ils des médicaments génériques?

Les PBU sont souvent comparés à des médicaments génériques, mais ils sont différents de ces derniers pour deux raisons importantes. D’abord, ce ne sont pas des copies identiques de produits originaux et ne peuvent donc pas être substitués aux produits d’origine par les pharmaciens. Ensuite, contrairement aux génériques, les PBU sont soumis à un processus réglementaire complexe comprenant la réalisation d’études originales concluant à leur innocuité et à leur efficacité.

Comme l’explique Gerry, le processus réglementaire auquel les PBU sont soumis est fondé sur des données probantes et est très rigoureux. « Les données exigées par Santé Canada pour appuyer l’autorisation de mise en marché d’un PBU comprennent des données sur la qualité (composition chimique et fabrication), des données non cliniques (pharmacologie et toxicologie) et des données cliniques (pharmacologie, innocuité et efficacité). La démonstration de la similarité au médicament biologique de référence est requise par Santé Canada. »

De plus, le processus de fabrication des PBU est plus complexe que celui des médicaments génériques classiques. Résultat, le niveau de prix des PBU n’est généralement pas le même que celui des médicaments génériques. À titre d’exemple, les PBU qui sont actuellement approuvés au Canada sont de 15 à 47 % moins chers que les produits d’origine, alors que les génériques peuvent être jusqu’à 78 % moins chers que les produits de marque. Cependant, étant donné que les médicaments biologiques sont extrêmement chers en partant, les économies réalisées grâce à l’utilisation des PBU sont substantielles.

Des défis à relever

Bien que les PBU soient un phénomène relativement récent en Amérique du Nord, ils sont offerts depuis plus de dix ans en Europe, où ils ont été jugés sûrs et efficaces et où ils ne cessent de gagner des parts de marché dans certains pays. Le Canada et le reste de l’Amérique du Nord peuvent tirer des leçons de l’expérience européenne alors qu’ils relèvent certains des principaux défis liés à la création d’un marché viable pour les PBU :

  • Les médecins hésitent à prescrire des PBU parce qu’ils ne savent pas nécessairement que ces produits sont disponibles et qu’ils constituent une option thérapeutique viable.
  • Les patients sont parfois réticents à essayer les PBU quand ils ne comprennent pas de quoi il s’agit et ne savent pas que ces médicaments sont aussi sûrs et efficaces que les produits d’origine.
  • Les payeurs n’appuient pas volontiers le secteur des PBU, tant au palier provincial qu’à l’échelle des assureurs privés, et ce, même si les PBU permettent au système de réaliser des économies importantes.

Gerry explique que l’évaluation supplémentaire effectuée par « l’Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé (ACMTS) favorise la confiance, mais ralentit le processus d’adoption des PBU sur le marché. Il s’écoule parfois bien plus de deux ans entre l’émission d’un avis de conformité (AC) par Santé Canada et le remboursement du médicament par le régime provincial. Nous souhaitons la mise en place de mécanismes d’adoption fondés sur des données probantes pour créer un marché viable pour les PBU et accélérer leur mise en marché, ce qui permettrait aux patients et aux payeurs de faire des économies. »

Les PBU peuvent-ils remplacer les produits d’origine?

Un médicament générique est une copie exacte d’un produit de marque, ce qui n’est pas le cas d’un PBU et de son produit d’origine. En raison de la nature complexe du processus de fabrication, le PBU et le produit d’origine sont similaires, mais ils ne sont pas identiques. Par conséquent, Santé Canada ne considère pas que les PBU et les produits d’origine sont interchangeables. Autrement dit, les pharmaciens ne peuvent pas automatiquement substituer un PBU à un produit biologique d’origine. Pour qu’il soit délivré par le pharmacien, le PBU doit avoir été prescrit par un médecin. Par exemple, dans les cas où le patient ne répond pas bien au PBU, le médicament d’origine peut être une solution de rechange.

Des recherches sont en cours en Europe, et ailleurs, pour étudier les effets de la substitution des PBU à certains produits d’origine chez les patients. Selon toutes les premières données, la substitution est une stratégie viable qui permet de préserver la sécurité du patient tout en générant les économies nécessaires à la viabilité des régimes de remboursement de médicaments. Par contre, d’autres recherches devront être réalisées pour prouver hors de tout doute que les PBU peuvent remplacer les produits d’origine. Dans l’intervalle, encourager les médecins à prescrire les PBU en première intention contribuerait grandement à l’adoption de ces médicaments au Canada.

Gerry soulève un point intéressant, à savoir que les mécanismes de prescription européens sont différents de ceux qui sont en œuvre au Canada. « En Europe, les PBU sont surtout utilisés en milieu hospitalier, alors qu’au Canada, ce sont les médecins qui les prescrivent en cabinet. Le fait de ne pas avoir à informer les médecins, un à la fois, accélère grandement l’adoption des PBU. »

Politique de GSC à l’égard des PBU

Conformément à la politique récemment rendue publique de Green Shield Canada (GSC), les produits biologiques ultérieurs (PBU ou produits biosimilaires) sont privilégiés sur nos listes de médicaments remboursés. En vertu de cette politique, les utilisateurs actuels de médicaments biologiques d’origine sont protégés par une clause de droits acquis. Étant donné que les PBU coûtent beaucoup moins cher que les produits d’origine, les membres du régime qui entreprennent un nouveau traitement et pour qui prendre un PBU est sûr et adéquat devront le faire s’ils veulent que leur médicament soit remboursé.

Notre politique à l’égard des PBU est conçue pour être flexible et accommodante dans les rares circonstances où ce type de produit ne convient pas à un membre du régime. Prenons par exemple le cas d’un patient traité par une teneur particulière de Remicade qui n’est peut-être pas offerte en version PBU. Dans ce type de cas, nous approuverons le produit d’origine de sorte que le membre du régime reçoive le traitement approprié. Selon les connaissances actuelles sur les PBU, ce genre de situation est extrêmement rare. Chez la grande majorité des membres du régime, les PBU représentent une option adéquate.

En raison des économies substantielles qu’elle peut permettre de réaliser, notre démarche devrait être adoptée à grande échelle par d’autres assureurs au fur et à mesure que d’autres PBU seront lancés sur le marché et que les médecins canadiens acquerront de l’expérience en matière de prescription de ces produits

La prochaine étape?

Pour conclure notre rencontre avec Gerry et Vincent, nous leur avons demandé à quoi ressemblerait la prochaine vague de PBU. Gerry affirme que les médicaments contre le cancer occupent une place très importante dans la gamme de produits de Pfizer et que ces produits seront les prochaines vedettes du marché. « L’adoption de ces médicaments devrait être facile puisqu’il s’agit généralement de produits administrés par perfusion à l’hôpital. Selon nous, le processus d’adoption devrait donc être plus rapide que celui des produits de la dernière vague. D’ici là, l’expérience acquise par les médecins et les patients devrait favoriser la confiance inspirée par les PBU. »